Martin Schmid
Les jeunes sont souvent la cible d’actes de violence d’extrême droite. Toutefois, le public n’en a guère connaissance, du fait que les auteurs de telles agressions sont rarement dénoncés. C’est pourquoi le projet de recherche s’intéresse au point de vue des victimes d’actes de violence dictés par des idéologies d’extrême droite ainsi qu’à leurs conséquences.
Résumé des principaux résultats: L’objectif du projet de recherche est l’examen de la victimisation des jeunes par la violence d’extrême droite. L’analyse de cette victimisation comprend trois sous domaines qui sont expliqués du point de vue des personnes touchées: (1) La définition de la zone d’ombre et des structures de circonstances montre les dimensions prises par la violence d’extrême droite et comment ces incidents se produisent (victimisation primaire). Pour cela, on a interrogé 2975 jeunes en classes de formation post-obligatoire du nord-ouest de la Suisse au moyen d’un questionnaire standardisé. (2) Les 26 interviews qualitatives avec des personnes touchées par la violence d’extrême droite fournissent des éclaircissements sur la manière dont les dommages supplémentaires sur les victimes sont apparus par une mauvaise réaction de l’environnement sociale et/ou des instances formelles de contrôle social (victimisation secondaire). (3) Les interviews ont été de plus évaluées en fonction des dommages psychiques (victimisation tertiaire) et des différentes stratégies visant à rétablir l’équilibre psychique et social.
Victimisation primaire
Un jeune sur dix (10,8% des jeunes entre 2000 et 2005) est confronté à la violence d’extrême droite ou est menacé par des jeunes d’extrême droite au moins une fois au cours de son adolescence. A peine un tiers de ces victimes (31,6%) est confronté à ces agressions en raison de différences réelles ou supposées. Leur victimisation a lieu sur la base de leur appartenance politique, nationale ou ethnique. Parmi les personnes touchées, on trouve aussi des victimes prises au hasard, qui ne présentent aucune des caractéristiques correspondant aux représentations de l’ennemi de l’idéologie d’extrême droite. Une asymétrie du pouvoir est à la base de ces actes de violences qui se distinguent par un surnombre de coupables.
Un nombre bien plus grand de victimes est impliqué dans des conflits subculturels de jeunes avec un font idéologique plus ou moins fort. D’un côté agissent les bandes de jeunes d’extrême droite; du côté des victimes on distingue trois groupes de jeunes que l’on peut désigner par les expressions ,hip hopper’, ‚fumeurs de marijuana’ et ‚gauche alternative’. Leur victimisation est influencée par leur comportement dit de loisir excessif. On entend par là la présence à des soirées et des fêtes, une forte consommation d’alcool et de drogues, l’appartenance non formelle parfois déviante à une bande ainsi que la présence visible sur les lieux publics. Les partis en conflits sont équilibrés en ce qui concerne leur taille et la limite entre les rôles de coupables et de victimes devient parfois floue au cours de ce genre d’altercations.
Les actes de violence d’extrême droite ont principalement lieu le week-end dans les transports en communs et les lieux publics. L’école ne joue pas le rôle de lieux du crime. Dans plus de 60 pourcent des cas, c’est le milieu urbain qui est le cadre des événements.
Victimisation secondaire
Les jeunes victimes de la violence d’extrême droite sont exposés à un double risque de victimisation secondaire: d’une part la violence physique vécu est souvent minimalisée, d’autre part l’environnement de la victime dans le sens large ainsi que les instances formelles de contrôle social tolèrent et/ou ignorent l’existence même du motif d’extrême droite. Le fait que les jeunes surmontent tout de même ce vécu dépend de leur encadrement social proche (famille et amis intimes). Ceux-ci condamnent le motif à l’unanimité et aide la victime à surmonter son expérience. L’absence d’un cercle social proche rend le rétablissement de l’équilibre psychique extrêmement difficile.
Victimisation tertiaire
La violence d’extrême droite peut conduire chez les personnes touchées à des états de stress post-traumatiques chroniques. Ceux-ci se manifestent par un sentiment d’impuissance, la colère, la haine, l’incompréhension, le désir de vengeance, la sensation d’abandon et la peur de voir les faits se répéter. Cette peur ne se dirige alors pas contre les coupables mais contre la subculture des jeunes d’extrême droite dans son ensemble. Les jeunes ayant un style de vie plutôt retiré ont tendance à présenter des symptomes de stress psychique plus forts que les jeunes adultes qui mènent une vie de loisir expressive et excessive.
Les conséquences sociales de la victimisation tertiaire sont une tendance au retrait et une modification du comportement et de l’expression. Les personnes touchées cherchent à surmonter le vécu soit par des stratégies actives par lesquelles elles essaient de combattre l’extrême droite par tous les moyens à leur disposition (engagement politique etc.), soit en minimisant les faits et en capitulant non seulement face à la puissance de cette violence mais aussi en renonçant aux moyens sociaux de la combattre.
Mesures et conseils
La grande zone d’influence de l’ombre de la violence d’extrême droite de même que le fort pourcentage des jeunes interrogés, 9,6%, qui sympathisent avec la scène d'extrême droite mettent en évidence le besoin d’agir et de prendre des mesures contre cette violence. Il faut d’une part soutenir les mesures qui renforcent le rôle de la victime. Parmi elles se trouvent celles permettant d’éviter les tendances à la victimisation secondaire à l’aide des autorités, du soutien à la plainte judiciaire ainsi qu’avec l’accès égalitaire aux ressources sociales d’aide aux victimes (système judiciaire, thérapie etc.).
Pour les stratégies à adopter à l’avenir face à l’extrême droite, il se pose entre autres la question de savoir comment la société et le pouvoir public se doivent de réagir face à l’extrême droite en général et spécialement face à sa présence sur les lieux publics. L’ignorance et la minimisation ne favorisent pas seulement l’augmentation du nombre des victimes mais aussi une polarisation échauffée politiquement entre les différentes subcultures de la jeunesse.
- Communiqué de presse du 16.3.2007 concernant les résultats de l'étude: [La violence d’extrême droite vue par ses victimes : une première] (document pdf)
- [Rapport scientifique septembre 2005] (document pdf)
Informations supplémentaires concernant le projet
Contexte, problématique: Jusqu’à présent, les recherches menées sur l’extrémisme de droite dans l’espace germanophone portaient presque exclusivement sur les causes et la motivation de jeunes auteurs d’actes de violence, alors que des investigations victimologiques sur de tels phénomènes font encore totalement défaut. C’est ainsi que nous n’avons pas d’informations sur les expériences des victimes ni sur les réactions des instances du contrôle social formel. De plus, seule une faible proportion des incidents fait l’objet d’une plainte, si bien que l’étendue réelle des actes à caractère raciste et d’extrême droite est inconnue.
Objectifs et méthodologie: Le projet de recherche vise à cerner, du point de vue des victimes, la situation actuelle de la violence à caractère raciste et d’extrême droite parmi les jeunes. A l’aide de questionnaires standardisés, il s’agira de quantifier l’étendue du phénomène dans des écoles du postobligatoire, de déterminer des lieux et des moments du passage à l’acte et de dresser des typologies des victimes. En outre, il tentera d’évaluer pour quelle raison des actes de violence sont ou ne sont pas dénoncés à la police. Des interviews qualitatives de victimes permettront par ailleurs d’obtenir des informations sur les réactions du proche environnement social et des autorités à de tels actes ainsi que sur les stratégies individuelles de gestion développées par les victimes elles-mêmes.
Pertinence: Unique par son approche, le projet de recherche fournit ainsi un éclairage du problème qui n’avait jamais été pris en compte scientifiquement sous cet angle. Il permettra de mettre en évidence les particularités de la victimisation et de générer des impulsions en vue d’assurer un meilleur soutien aux victimes. Parallèlement, le travail auprès de jeunes pourra s’appuyer sur les résultats de l’étude pour lancer des projets de prévention ciblés. Finalement, le projet révélera si les instances du contrôle social formel sont en mesure de prendre au sérieux des victimes d’agressions racistes ou d’extrême droite. Si des lacunes apparaissaient sur ce plan en particulier du côté des autorités, l’une des mesures pourrait consister à mieux former le personnel sur ce thème.
Durée du projet: 1.1.2004–31.12.2006
Lic. phil. I Martin Schmid
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