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Extrémisme de droite en Suisse – un phénomène média?
Kurt Imhof


Le projet s’intéresse à la résonance de positions et d’acteurs populistes et d’extrême droite dans la communication politique en Suisse de 1960 à nos jours. L’analyse systématique de débats parlementaires et de thématisations dans les médias fournit des repères en vue de faire face au phénomène de l’extrémisme de droite.

Résumé des principaux résultats: L'instrumentalisation mutuelle à laquelle se livrent médias et politique d'une part, politique et extrême droite d'autre part, a pour conséquence que l'opinion accorde une plus grande attention au thème de l'extrémisme de droite. Des mises en scènes telles que les rassemblements au Grütli s'inscrivent fort bien dans les nouvelles logiques médiatiques et apportent une attention accrue aux acteurs d'extrême droite. Cela dit, leurs positions et modes d’explication ne suscitent pas l’adhésion et sont généralement rejetées. De son côté, l'extrême droite peut s’arroger des sujets surtout exploités par le populisme de droite, comme l'Union démocratique du centre (UDC) et les Démocrates suisses, qui bénéficient d'une attention croissante dans les médias depuis le milieu des années nonante: «criminalité des étrangers», «abus du droit d'asile», critique à l'adresse de la «classe politique» et des organisations supranationales, ainsi que les débats controversés autour du rôle de la Suisse pendant la Deuxième guerre mondiale.

Si les médias traitent toujours plus le thème de l'extrémisme de droite, ils le font de façon ponctuelle et souvent superficielle. Les auteurs expliquent ce phénomène par deux facteurs principaux: en premier lieu, l'influence croissance de l'économie sur le paysage médiatique à l'œuvre depuis les années huitante ainsi que le déclin de la presse de partis remplacés par des entreprises de médias indépendantes. Les médias sont ainsi soumis à une forte concurrence en termes de tirage et d'audimat. L'extrémisme de droite, phénomène spectaculaire en ceci qu'il brise les tabous, s’est fait dès lors fortement médiatisé. En second lieu, le paysage politique s’est fortement polarisé, surtout depuis les années nonante. La gauche et l'UDC se livrent un combat relayé avec intérêt par les médias, où le reproche de l'extrémisme est une frappe utilisée pour discréditer son opposant.

Affaiblissement de la confiance accordée à la politique
La présence parfois forte du thème de l'extrême droite dans les médias exerce une pression sur le monde politique et l'incite à adopter des mesures à l'encontre de l’extrême droite. Pourtant, les mass-média n'arrivent plus à s'acquitter de leur mission de sensibiliser durablement la classe politique aux problèmes de société, car leur traitement de l'extrémisme de droite est trop empreint d'alarmisme et de sensationalisme. Les médias et les personnalités politiques discutent trop peu des causes sociales de l’extrémisme de droite et des solutions politiques à lui donner. L'efficacité des mesures adoptées est trop rarement soumise à un examen critique. Une fois le premier émoi passé, les médias se tournent vers d'autres thèmes plus porteurs. On assiste ainsi à une opposition entre les attentes créées et les réactions effectives. Sur le long terme, ce traitement médiatique met en danger la culture politique et mine la confiance accordée à la politique pour résoudre les problèmes.

C'est pourquoi les auteurs conseillent aux professionnels des médias de suivre le thème de l'extrémisme de droite avec sérieux et dans un esprit critique, cela en reconsidérant leur façon de le traiter et sans tomber dans le jeu des mises en scènes initiées par l'extrême droite. Aux hommes et femmes politiques, les auteurs recommandent d’éviter l’usage inflationniste du reproche d'extrémisme. De façon générale, tant les médias que le monde politique devraient prendre conscience du fait que les formations d'extrême droite, par les thèmes qu'elles véhiculent, peuvent se rattacher aux discours établis portant par exemple sur la position de la Suisse dans le monde ou sur le rapport aux immigrés et aux opposants politiques.


Informations supplémentaires concernant le projet

Contexte, problématique: Depuis l’apparition de groupements d’extrême droite sur la plaine du Rütli en août 2000 et les succès électoraux de partis populistes de droite dans de nombreux pays d’Europe, une attention accrue est accordée au thème de l’extrémisme de droite dans la communication politique publique en Suisse. Afin d’expliquer cette progression de l’importance du thème de l’extrémisme de droite et d’en tirer des conclusions pour gérer le phénomène, le projet approfondit quatre hypothèses: les hypothèses de sensibilisation, de diffusion, de nouvelles logiques médiatiques et d’instrumentalisation.

Objectifs et méthodologie: L’attention croissante accordée à l’extrémisme de droite peut être rapportée aux facteurs suivants: une sensibilité politique accrue à l’égard de l’extrémisme de droite (hypothèse de sensibilisation), une diffusion de thèmes et d’interprétations d’extrême droite dans les arènes parlementaires et médiatiques (hypothèse de diffusion), de plus grandes chances de résonance sur la base d’une modification des logiques de sélection et d’interprétation de la part des médias qui favorisent le spectaculaire et les déviances (hypothèse de nouvelles logiques médiatiques) et l’augmentation d’actions médiatisables de la part d’acteurs extérieurs pour générer une résonance (hypothèse d’instrumentalisation).
Notre approche sera concrétisée au moyen de deux analyses de cohortes: d’une part, à travers une comparaison des structures de pertinence et schémas d’interprétation dans les arènes parlementaires et médiatiques (1960 à nos jours), deuxièmement par le biais des logiques d’interprétation et stratégies de communication médiatiques d’acteurs qui exploitent activement ce thème (1993 à ce jour)

Pertinence: Ce projet permettra pour la première fois d’analyser divers facteurs d’influence d’une résonance accrue de l’extrémisme de droite dans la communication politique publique en Suisse, et ce sur la base d’approches diachrones et synchrones. Seul ce point de vue comparatif permet de distinguer dans quelle mesure l’attention accrue à l’égard de l’extrémisme de droite est l’expression d’une mutation sociale et dans quelle mesure elle est à rapporter à des changements du côté des médias. Sur le plan de la valorisation, l’un des objectifs de cette étude consiste par conséquent d’une part, à travers la mise en évidence de ces repères, à thématiser la capacité de résistance de la Suisse face à l’extrémisme de droite et, d’autre part, à contribuer à ce que les médias remettent en question des contenus d’information tels que des tentatives d’instrumentalisation et des mises en scène politiciennes et développent une gestion réfléchie de ces moyens et de l’extrémisme de droite.

Durée du projet: 1.1.2004–30.6.2006

Prof. Dr. Kurt Imhof
fög – Forschungsbereich Öffentlichkeit
und Gesellschaft
Andreasstrasse 15
8050 Zürich
Tel. +41 (0) 1 635 21 11
imhofk@access.unizh.ch

Contact
Patrik Ettinger
Tel. +41 (0) 1 635 21 26
patrik.ettinger@foeg.unizh.ch